GEJ10 Miracle du vin à l'auberge romaine

Publié le par estaran

 



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Miracle du vin à l'auberge romaine


1. Dès notre entrée, le propriétaire de l'auberge, un Romain selon toute apparence, vint à notre rencontre fort poliment, nous fit asseoir et nous demanda ce que nous désirions.

2. Je lui dis : « Il est vrai que la journée est déjà bien avancée et que le soleil est près de se coucher, et nous n’avons rien mangé depuis ce matin, si ce n'est un peu de pain ; mais il est encore un peu tôt pour le repas du soir, aussi, en attendant, sers-nous un peu de pain et de vin. »

3. L'aubergiste : « Mes chers amis, j'ai certes du pain, ainsi que de la viande fumée de porc et de mouton, et j'ai encore du lait en réserve, mais on ne trouve que très rarement dans cette ville de la volaille, du poisson et du vin, et ce sont des mets fort coûteux à la table des voyageurs ; car, d'abord, il y a fort loin d'ici à la vallée du Jourdain, et les quelques sentiers qui y descendent sont particulièrement malaisés, aussi ne sommes-nous pas en mesure de nous procurer à bon marché les denrées de ces heureuses contrées de l'ouest. Quant à notre sol, vous avez dû remarquer vous-mêmes en chemin qu'il est bien peu fertile, faute de terre et d'eau. Les fontaines de notre ville qui ont encore de l'eau sont des citernes, et l'eau de source est loin d'ici. Il n'est guère possible d'en trouver avant d'arriver dans la région des sources d'Amon, qui sont fort éloignées. Je vais donc vous servir du pain et du lait. »

4. Je dis à l'aubergiste : « Plutôt que du lait, donne-nous de l'eau de ta citerne ! »

5. L'aubergiste fit ce que J'avais demandé, apporta une grande cruche de pierre remplie d'eau fraîche de la citerne et posa devant nous sur la table deux miches de pain d'orge en disant: Cette sorte de céréale est la seule qui pousse encore assez abondamment ici, mais le froment réussit difficilement. On a beau le semer très tôt dans l'hiver, il se dessèche dès le printemps suivant, avant même d'être mûr. Pour notre usage particulier, nous devons donc le faire venir de Damas, ville fort éloignée d'ici, voire de Babylone, qui est encore plus loin que Damas. Mais nous avons suffisamment d'orge, aussi est-il notre principale nourriture avec le lait et la viande. Il vous faudra donc bien vous satisfaire de ce que je puis vous offrir ! »

6. Je dis : « Tout ce que Dieu bénit est bon ! »

7. L'aubergiste : « J'ai remarqué sur-le-champ que vous étiez des Juifs, parce que vous n'avez pas demandé de viande de porc, qui est fort bonne chez nous – mais je crois que, s’il y a un dieu juste, il a dû bénir aussi la viande du porc et pas seulement celle des poulets, des moutons, des chèvres et des veaux ! Quant à moi, je suis un honnête Romain et observe les lois de Rome, que je trouve fort bonnes, bien qu'elles n'aient été rédigées que par des hommes et non par des dieux.

8. D'ailleurs, à quoi servent à l'homme des lois divines toujours écrites dans un langage obscur et incompréhensible, et que les prêtres interprètent à leur avantage si cela leur plaît ? Les dieux peuvent bien dicter autant de lois qu'ils le veulent, nous, hommes que l'expérience a rendus avisés, nous nous sommes déjà donné des lois que nous comprenons et que nous pouvons suivre. Quant à nos dieux, ce sont surtout les bonnes années fertiles et les forces élémentaires qui les produisent ; à présent, je vous souhaite de trouver à votre goût notre pain et notre eau ! »

9. Je dis : « Cher aubergiste, donne-nous encore à chacun un gobelet pour boire, car tu ne dois pas en manquer. »

10. L'aubergiste nous mit alors sur la table autant de gobelets d'argile qu'il y avait de convives.

11. Et Je lui dis encore : « Prends-en un pour toi aussi, et bois avec nous. »

12. L'aubergiste le fit avec l'idée qu'il devait boire de son eau le premier, afin de nous encourager à faire de même. Aussi remplit-il son gobelet le premier, puis il se mit à boire ; mais, dès la première gorgée, il le reposa, tout joyeux, et s'écria avec étonnement : « Mais qu'est-ce donc, mes chers hôtes ? Je ne vous ai apporté que de l'eau, et à présent que je l'ai goûtée, c'est incontestablement un excellent vin comme je n'en ai bu de pareil qu'une fois, dans l'île de Chypre. »

13. Ayant Moi aussi rempli Mon gobelet, Je dis à l'aubergiste : « Bois donc, comme nous tous ; car, là où tu es allé chercher ce vin, tu dois sans doute en avoir encore en reserve ! »

14. L'aubergiste : « Ah, mes chers hôtes, ma citerne est encore plus qu'à moitié pleine d'eau, et, si elle ne contient plus que ce vin en place d'eau, nous en avons assez pour un an et plus ! Mais c'est un miracle, et maintenant, pour la première fois, je crois aux miracles, alors que, même enfant, je n'avais jamais cru à ces choses-là, bien que j'en eusse vu accomplir de toute sorte, dans mes jeunes années, par certains prêtres et magiciens ; car mon père, qui était lui même versé dans ces arts, m'a bien expliqué tout cela, et c'est ainsi qu'en Romain honnête et bien élevé, j'avais conçu une méfiance et une aversion justifiées envers tous les actes miraculeux et magiques. Mais c'est bien un miracle qui est arrivé à l'eau de ma citerne ! Comment et grâce à qui, je ne m'en soucie pas pour le moment : on finira bien par le savoir, car c'est là un bon miracle et non un mauvais ! »

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