GEJ10 Les idoles dans la maison de l'aubergiste

Publié le par estaran


GEJ10 C177

Les idoles dans la maison de l'aubergiste


1. Après ces paroles, ils se mirent tous - y compris Mes apôtres - à chanter Mes louanges, disant : « O Seigneur, Tu nous as parlé très clairement, cette fois encore, de choses cachées, et nous voyons fort bien à présent ce qu'est la vie de l'âme après la mort du corps, et de quoi elle est faite ; Toi seul, ô Seigneur, pouvais nous montrer sous son vrai jour toute la réalité de ce monde, aussi, nous Te rendons glace du plus profond de nos cœurs ! »

2. Je répondis : « A présent, mangez et buvez encore ce qui est sur la table, puis nous nous reposerons ; après quoi nous verrons bien ce que demain nous réserve ! »

3. Alors, ils mangèrent et burent tout en parlant beaucoup de Moi. Quant à Moi, Je ne mangeai ni ne bus, mais Me reposai des fatigues du jour. Vers minuit, les autres aussi commencèrent à avoir sommeil, et le juge, les Pharisiens et les Juifs rentrèrent chez eux, tandis que, selon Mon habitude, Je demeurais toute la nuit assis à la table avec Mes disciples.

4. En partant, le juge dit à l'aubergiste qu'il ne devait surtout pas s'aviser de nous faire payer quoi que ce fût, car il paierait lui-même notre écot à l'aubergiste.

5. L'aubergiste répondit : « Seigneur juge, tu peux bien me commander cela, car cette fois, c'est moi qui suis en reste, et tous ces hôtes sont mes créanciers ; car s'ils voulaient me faire payer ce qu'ils ont fait pour moi, je leur devrais une belle somme. Aussi, ne te fais aucun souci, car, en cette occasion je ne suis pas aubergiste, mais homme, et, comme toi, grand ami de tout ce qui est bon, vrai et extraordinaire. Nous nous reverrons demain ! »

6. Là-dessus, ils se séparèrent, et notre aubergiste se retira lui aussi pour la nuit, non sans avoir beaucoup parlé avec sa femme et ses enfants de l'apparition de ce soir-là.

7. Or, sa femme, comme ses enfants, était encore une païenne de bon aloi, et, dans sa chambre, la moindre petite place libre était occupée par des statuettes romaines et grecques, les unes de bois, les autres de pierre ou d'airain.

8. L'aubergiste dit alors : « Ecoute, ma femme par ailleurs fort loyale : après que nous avons eu le bonheur de rencontrer en personne l'unique vrai Dieu vivant, il faut dès demain que nous prenions ces idoles et les détruisions toutes ; car elles ne nous ont jamais servi à rien, et nous serviront moins que jamais désormais. »

9. Pour commencer, la femme ne voulait pas consentir à ce que son mari avait dit ; mais son fils aîné, qui était un esprit libre, dit d'une voix forte : «Père, je l'aurais fait depuis longtemps avec ton accord - mais la croyance des femmes est aussi dure qu'une pierre, et on ne peut raisonner avec elles ; elles devraient pourtant comprendre que, d'abord, toutes ces idoles ne sont que de la matière morte, ensuite, qu'elles sont si misérablement façonnées qu'elles font honte à notre sens artistique humain ; car cette Diane d'Ephèse ressemble surtout à une grenouille séchée, et ce Jupiter à tout ce qu'on veut !

10. Je m'accommoderais encore de ces figurines si elles étaient les œuvres de véritables artistes ; mais celles qui ornent la chambre de ma mère sont pour la plupart l’œuvre de bergers grecs qui les façonnent auprès de leurs troupeaux dans le bois, l'argile, la pierre tendre ou le plomb, puis les font consacrer par les prêtres et les emballent par pleines caisses et les remettent aux marchands d'images que l'on sait pour qu'ils les revendent à un prix éhonté. Lorsqu'elles arrivent dans nos contrées, nos femmes, dans leur stupide piété, ont toujours assez d'argent pour acheter ces bagatelles aux boutiquiers ; après cela, c'est la cuisine qui en pâtit, les plats deviennent toujours plus maigres et plus mauvais, et les hôtes étrangers n'ont vraiment plus motif de se féliciter de la bonne nourriture qu'on leur sert. Mieux vaudrait donc un peu plus d'huile et de graisse pour les hôtes que toutes ces divinités extravagantes et ridicules dans la chambre à coucher !

11. Quant à cet Apollon grand comme la moitié d'un homme qui occupe un coin de la salle des hôtes, et qui est déjà si noirci et sali que sa vue a de quoi dégoûter un honnête homme, cela fait longtemps que je le regarde de travers, et demain, j'en finirai tout à fait avec cette misérable statue ! »

12. Un peu effrayée par la résolution de son fils, la mère dit : « Ah, prends pourtant garde que le prêtre d'Apollon ne te voie et ne te punisse comme sacrilège ! »

13. Le fils : « Je n'ai plus peur de lui ! Car Celui qui nous a miraculeusement donné du vin et des poissons et qui a été capable d'opposer sur-le-champ quatorze lions furieux à ces Juifs et à leurs prêtres qui voulaient L'empêcher d'entrer dans la ville, chose que j'ai vue de mes propres yeux, Celui-là saura bien aussi me protéger de ce stupide prêtre d'Apollon, d'autant plus sûrement que notre premier magistrat n'est pas l'ami de nos dieux ni de leurs prêtres.

14. Même par l'intelligence ordinaire, ce prêtre d'Apollon est si stupide qu'il ne sait raconter sur les dieux que de vieilles fables mille fois rabattues ; avec cela, il dévore comme un loup et boit comme un trou, surtout lorsqu'il a pu se procurer du vin quelque part. Toute sa sagesse apollinienne tient là-dedans, et c'est un tel homme qui devrait m'inspirer la crainte et le respect ? En vérité, si c'était le cas, j'aurais honte d'être homme, et plus encore Romain ! »

15. Fort content de son fils, l'aubergiste dit : « Pour l'heure, sois tranquille : il sera bien temps demain de voir ce qu'il convient de faire. Laissons tout cela à Celui qui repose aujourd'hui dans notre maison ! Il remédiera à tout. »

16. Et le silence se fit dans la chambre de l'aubergiste. Le lendemain, il fut l'un des premiers à s'éveiller et vint aussitôt dans la salle à manger où nous étions.

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