GEJ10 De la lutte dans la nature

Publié le par estaran



Chapitre 183

 


De la lutte dans la nature

1/ (Le Seigneur :) « Tu auras beau parcourir la terre en tous sens, tu n'y verras partout, au moins en apparence, qu'hostilité entre les créatures.

2: Considère seulement le soleil, qui est pourtant à coup sûr le plus grand des bienfaits pour la terre et pour toutes ses créatures, puisque c'est par sa lumière et par sa chaleur que toute chose naît, reprend vie, grandit et se fortifie. Le règne végétal jaillit comme à nouveau du sol de la terre et fructifie selon l'ordonnance de chaque espèce, les arbres s'emplissent de sève, poussent leurs bourgeons, leurs feuilles et leurs fleurs, et le fruit qui s'ensuit mûrit peu à peu.

3: D'innombrables insectes ailés d'espèces diverses pondent leurs œufs, la lumière et la chaleur du soleil les font éclore, et l'air s'emplit alors d'une infinité de créatures minuscules ou plus grandes.

4: Il en va de même des oiseaux, des poissons et d'innombrables autres bêtes qui vivent dans le même élément, et même les autres animaux et les hommes se réjouissent de la présence du soleil, qui, comme Je l'ai dit, est donc à coup sûr le plus grand dispensateur de bienfaits pour la terre et ses créatures - et pourtant, c'est aussi leur plus grand ennemi.

5: Car il ne faut pas beaucoup de temps au soleil pour faire renaître tout ce qui vit sur le sol terrestre ; mais ensuite, sa lumière et sa chaleur croissent tellement qu'en été, il fait à nouveau mourir tout ce qu'il avait créé pendant l'hiver et le printemps.

6: Votre contrée en est elle-même un exemple. Dans la seconde partie de l'hiver et jusqu'à la moitié du printemps, tout reverdit et la contrée ressemble à un paradis. Mais comment est-elle à présent? La moitié de l'automne n'est pas passée que c'est déjà une steppe où l'on ne voit presque plus rien de vert, et tout le reste est fané et mort.

7: Et si tu vas vers l'intérieur de l'Afrique ou dans le sud de l'Arabie, tu pourras marcher bien des jours sans rien rencontrer de vivant ; car l'ardeur du soleil tue tout ce qu'il a pu à la rigueur faire naître durant l'hiver.

8: C'est encore dans les régions dites tempérées de la Terre que cela va le mieux ; en revanche, les hivers y sont bien plus longs qu'ici, et les plantes comme les bêtes ne s'y développent pas avec la même profusion que dans ces régions chaudes. Tu verras donc partout sur la Terre que le soleil est d'une part son plus grand bienfaiteur, mais de l'autre son pire ennemi.

9: Dans les régions les plus brûlantes, quand le soleil déploie toute sa force, même la mer ne peut faire vivre que très peu de poissons et d'autres animaux marins ; ils s'enfuient soit vers le nord, soit vers le sud, selon que le soleil échauffe davantage l'une ou l'autre moitié de la Terre.

10: Or, toutes les créatures terrestres entretiennent les unes avec les autres plus ou moins les mêmes rapports que le Soleil avec la Terre !

11: C'est déjà le cas, par exemple, avec les éléments. L'eau n'est-elle pas, après le soleil, l'un des plus grands biens de cette terre ? Tout paysan dont les champs, les prés et les vergers se dessèchent désire la venue d'une pluie bienfaisante. Et, lorsque celle-ci arrive, ne dirait-on pas que toutes les créatures poussent des cris de joie ?

12: Mais si, à la place, ce sont des pluies diluviennes qui surviennent, nul ne voudra plus en louer l'utilité ; car, avec leurs torrents d'eau, elles emportent tout ce qu'elles rencontrent, et laissent derrière elles de grandes étendues d'un sol dévasté duquel le travail des hommes ne pourra souvent plus rien tirer pendant des siècles, malgré tous leurs efforts.

13: De même, les divers vents sont de grands bienfaiteurs pour le sol terrestre et pour la santé physique de toutes les créatures. Mais, s'ils dégénèrent en grandes tempêtes et en ouragans, ils ne font plus guère de bien, mais seulement des dégâts, du moins du point de vue de votre raison humaine, car celle-ci n'est pas capable de juger de la très grande utilité de l'action de ces phénomènes violents.

14: Il en va de même chez les plantes : il en est beaucoup de nobles, mais plus encore de communes, que vous désignez sous le nom de "mauvaise herbe". Si quelqu'un a un champ propre pour y semer du froment ou de l'orge, ces deux céréales nobles pousseront bien et sans impuretés ; mais si un ennemi vient de nuit semer dans son champ de froment et d'orge une foule de mauvaises graines et que la mauvaise herbe pousse ensuite au milieu des céréales nobles, celles-ci seront bientôt étouffées.

15: De plus, il existe des espèces végétales qui ne laissent plus pousser aucune autre plante une fois qu'elles ont littéralement pris possession de quelque territoire grand ou petit.

16: Et tu verras la même chose se produire dans le règne animal. La chair de l'un sert de nourriture à l'autre, et l'homme, qui est lui-même une espèce animale selon la chair, demeure la première des bêtes de proie(*). Car une gazelle, une brebis s'enfuient lorsqu'elles voient approcher un loup, un ours, un lion, un tigre ou autre bête féroce ; mais, lorsqu'il est muni des armes diverses que lui a fournies sa raison, l'homme ne s'enfuit pas devant de telles bêtes. Au contraire, il leur fait la chasse avec avidité afin de s'emparer de leur fourrure, et parfois aussi de faire de leur chair un délicieux rôti. »


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